UX Design

Comment jouer avec les règles de stores

Découvrez comment Slack joue avec les règles d'Apple et Google pour vendre ses abonnements sans payer de commission, tout en offrant une expérience utilisateur fluide et conforme.

Temps de lecture: 5 min
Publié le: 20 août 2025
Comment jouer avec les règles de stores

Analysez les apps B2B populaires et vous découvrirez des patterns UX intéressants.

Slack en est l’exemple parfait : comment convertir des utilisateurs en clients payants sans jamais enfreindre les règles strictes d’Apple et Google, tout en évitant leurs commissions allant jusqu’à 30%.

Le contexte

Rappel des faits : hors États-Unis, Apple et Google interdisent formellement tout lien ou bouton qui dirigerait vers un paiement externe. Les mots “Acheter”, “S’abonner”, “Upgrade” associés à un lien web ? Rejet automatique. Mentionner des prix ? Interdit.

Pour un SaaS B2B, perdre 30% en commission n’est souvent pas viable.
D’où le défi : comment faire découvrir et acheter vos fonctionnalités premium sans jamais prononcer le mot “acheter” ?

La méthode Slack en quatre temps

Premier temps : les badges violets

Slack — badges PRO

Ouvrez l’onglet “Plus” de Slack. Des badges “PRO” ornent certaines fonctionnalités : Canevas, Listes, Connexions externes. Pas de prix, pas d’urgence. Juste cette indication subtile qu’il existe quelque chose de plus.

C’est malin : on ne vend rien, on signale. Les badges plantent une graine dans l’esprit de l’utilisateur sans enfreindre aucune règle. Apple ne peut rien dire : techniquement, c’est juste de l’information.

Deuxième temps : le CTA qui n’en est pas un

Slack — écran “Listes” avec CTA “Comparer les forfaits”

Cliquez sur “Listes”. Un écran sobre : “Passez à un forfait payant pour utiliser les listes”. Le bouton ? “Comparer les forfaits”.
Tout est dans le wording : “Comparer” n’est pas “Acheter”. C’est neutre, informatif.
Les stores ne peuvent rien reprocher : l’app propose de s’informer, pas de payer.
Mais psychologiquement, l’utilisateur qui clique est déjà engagé dans un processus de décision. Slack transforme une contrainte réglementaire en étape naturelle du parcours.

Troisième temps : le détour de sioux

Slack — page d’aide avec tableau comparatif

Le bouton mène à… une page d’aide, pas à une page commerciale. Un tableau compare les forfaits Gratuit et Pro.

Sur mobile, ce tableau est dense. L’œil cherche naturellement un raccourci dans cette masse d’information. Et il trouve un unique lien bleu : “forfaits Slack”.

Quand il n’y a qu’un seul chemin évident, c’est celui qu’on prend. Slack ne pousse pas l’utilisateur ; il structure l’environnement pour que la progression soit naturelle. Et comme c’est une page d’aide, les stores ne peuvent techniquement rien reprocher.

Quatrième temps : la conversion transparente

Slack — page de souscription web

Le lien ouvre enfin la page de souscription où l’utilisateur est déjà connecté. La transition est invisible. Il reste juste à choisir son plan et payer.

Résultat : zéro commission, parcours fluide, conformité totale.

Les principes réutilisables

Le vocabulaire calibré

Chaque mot compte quand les stores scrutent votre app :

  • “PRO” plutôt que “Premium” : court, moderne, non commercial
  • “Comparer les forfaits” plutôt que “Voir les prix” : informatif, neutre
  • “Débloquer pour votre équipe” : focus sur le bénéfice, pas le coût
  • “En savoir plus” : encourage la découverte sans pression

L’architecture du choix

Le parcours Slack fonctionne parce qu’il respecte trois principes :

  1. Montrer la valeur avant le prix : les badges PRO créent le désir avant toute mention d’argent
  2. Transformer l’obligation en exploration : “comparer” donne l’illusion du contrôle
  3. Maintenir la continuité : la session reste active entre l’app et le web

Au-delà de la technique : une philosophie

Ce que démontre Slack, c’est que les contraintes peuvent devenir des opportunités de design. Face à des règles absurdes, trois attitudes sont possibles :

  • Se battre contre (et perdre)
  • Se soumettre (et souffrir)
  • Composer avec

Slack choisit la troisième voie. À l’intérieur de ces limites strictes, ils trouvent l’espace pour créer un parcours naturel.

L’avenir de ce pattern

Les récentes évolutions réglementaires (DMA en Europe, décision de justice aux États-Unis) pourraient rendre ces contournements obsolètes. Mais pour l’instant, ce pattern reste la référence pour tout SaaS B2B qui veut :

  • Préserver ses marges (0% vs 30% de commission)
  • Offrir une bonne expérience utilisateur
  • Rester conforme aux règles des stores

La leçon est universelle : face à une contrainte qui semble insurmontable, la meilleure solution n’est pas de la combattre frontalement, mais de la connaître parfaitement pour savoir ce qui est permis ou non.

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